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Lectures

Stephen Kinzer, All the Shah's Men

18 mai 2026

Kinzer est un ancien correspondant du New York Times. Son livre, paru en 2003, reconstruit jour par jour l'opération Ajax : le coup d'État organisé en août 1953 par la CIA et le MI6 pour renverser Mohammad Mossadegh, premier ministre élu, qui avait osé nationaliser l'Anglo-Iranian Oil Company, l'ancêtre de BP. Le récit s'ouvre sur un détail que je n'oublie pas : Kermit Roosevelt, petit-fils de Theodore, dirige l'opération depuis le sous-sol de l'ambassade américaine, avec une enveloppe de billets et une liste de noms.

Ce qui me trouble dans ce livre, c'est qu'il est écrit en mode thriller, et que ça marche. On tourne les pages comme un polar. Et à la fin, on se souvient que ce qu'on vient de lire est un assassinat politique réussi qui a fabriqué, en cascade, la Révolution de 1979, la prise d'otages, la guerre Iran-Irak, et une bonne partie de la défiance régionale envers l'Occident. Soixante-dix ans plus tard, on en paie encore les intérêts.

Je le recommande à toutes les personnes, en France ou ailleurs, qui parlent de l'Iran comme d'une anomalie. L'Iran n'est pas une anomalie. C'est le résultat d'une politique, parfaitement documentée, dont les auteurs sont allés à la retraite avec leur pension.

Pourquoi le lire en 2026. Parce qu'on ne comprend rien à la colère iranienne, ni à la méfiance régionale envers l'Occident, si on ignore Mossadegh. Et parce que l'argument de « stabilité » qui a justifié 1953 est exactement celui qu'on entend ressortir, intact, dans les chancelleries. À chaque fois qu'un éditorial parle de « préserver l'équilibre régional », j'entends Kermit Roosevelt compter ses billets.